Jeunior ! vous avez dit jeunior ?

De quoi s’agit-il ?


Mot valise constitué par la contraction en un seul terme de « junior » et de « senior », « jeunior » est aussi un oxymore ! En effet, quoi de plus paradoxal que d’unir deux notions liées à l’âge dont l’une porte sur le temps de l’adolescence et l’autre sur celui de la maturité… Le terme induit cependant que la séniorité n’est pas un dénouement, mais qu’elle constitue bien, au même titre que l’adolescence, un passage vers autre chose.


Le jeunior, un enjeu sociologique et économique

Il semble que cette appellation a été forgée en 2011 par « les Jeuniors d’Alsace ». Une association dont le credo est que les « “seniors” en recherche d’emploi ne devraient pas être regardés à la lumière de leur âge, mais compris comme incarnant une somme de compétences et d’expériences animées par une authentique jeunesse d’esprit. » Ce substantif cherche donc à mettre en évidence la « parfaite synthèse entre l’expérience liée à l’âge et le dynamisme et l’énergie de la jeunesse ». Inventée pour promouvoir la réinsertion des seniors, cette notion veut implicitement valoriser leurs talents, leur vitalité et la plus-value dont ils sont porteurs en termes de retour et de transmission. Rallongeant tacitement la période agissante de nos aînés, cette dénomination est un vecteur positif qui leur permet de ne pas être réduits à leur seul âge.


Une trouvaille linguistique qui a fait florès au-delà du marché du travail.


Segmentation oblige, le concept s’est répandu tandis que, parallèlement, d’autres néologismes tout aussi éloquents surgissent tous azimuts ! En vue de conquérir une population à pouvoir d’achat attractif et à travers le marketing, la pub et la communication, les secteurs du tourisme, de l’alimentation, du digital, du sport, de la beauté, du bien-être, des médecines douces, etc. évoquent les « jeuniors », mais aussi les « sexygénaires », les « quincados », la « silver génération ». Mais tous ces mots qualifient-ils vraiment une la même idée ?


Certes parlantes, ces notions restent à définir précisément !


Ainsi, plusieurs questions se posent. Par exemple, le statut de « jeunior » cible-t-il l’appartenance d’un individu à la plus jeune tranche d’âge de la catégorie des anciens (critère de l’âge en valeur absolue) ? Ou ce statut caractérise-t-il plutôt l’ensemble des 55-80 ans, à savoir toute la génération des papy-boomers voire celle de leurs enfants, autrement dit les tranches de la pyramide des âges qui ont eu l’opportunité de mieux vieillir que les générations qui les ont précédées ? N’ayant pas subi les guerres mondiales du XXe siècle et eu égard à l’amélioration de la qualité de vie, aux progrès de la médecine, à la tertiarisation…, ces deux générations seraient des « jeuniors » en ce qu’elles jouissent sans conteste d’une apparence physique moins marquée et d’une vitalité plus affirmée que celles de leurs parents/grands-parents au même âge (critère de l’âge en valeur relative). Autre interrogation : la propension des « jeuniors » à « être actifs » pointe-t-elle les seuls professionnels encore en poste ? Ou vise-t-elle aussi l’ensemble des retraités qui, craignant l’ennui, prennent des habitudes « actives » voire « hyper actives » de consommation ? Les « jeuniors » se définissent-ils par leurs modes de vie ? Par leurs compétences ? Par leur engagement professionnel ? Ou encore par leurs valeurs et leur engagement citoyen ?


On le voit, selon l’émetteur et les besoins de son discours, les acceptions varient. Il me semble que cette terminologie – aux contours flous et ajustables – reste à fixer. Et vous ? Avez-vous le même ressenti ? Avez-vous une typologie à soumettre ?